DINDON SAUVAGE

Par André Veilleux

Pour des tirs propres

Il est très exaltant de visionner des vidéos de chasse comportant des scènes d’abattage bien filmées. Ainsi, voir par la caméra les moments critiques de l’approche du gibier et du tir sont parmi les scènes les plus recherchées d’une bonne vidéo de chasse. Mieux encore, voir l’impact du projectile sur le gibier et la réaction du chasseur tout juste après son tir réussi constituent le summum de ce qu’on peut retrouver dans ces enregistrements.

Concernant le dindon sauvage, comme la plupart des chasseurs utilisent un fusil et que le projectile propulsé par ce type d’arme n’est pas constitué d’une balle unique mais d’un jet de billes au regroupement plus ou moins serré, il devient plus difficile d’apercevoir le lieu précis de l’impact de son tir. On peut toutefois se dire que du moment où le tir a été mortel, il importe peu de savoir où les billes se sont exactement logées dans l’oiseau.

Pourtant, il y a de ces tirs mortels qui me font craindre de ce qui attend le chasseur lorsque son dindon sauvage se retrouvera sur la table de la salle à dîner. Je fais référence à des tirs où l’oiseau a certes été instantanément foudroyé, mais dans les situations où le coup de feu a été si mal placé que notre chasseur se retrouvera avec une poitrine de dindon criblée de billes. Sur vidéo, il est souvent très facile d’identifier ces tirs mal placés, en constatant qu’avant de s’abattre au sol, le tir a projeté une nuée de plumes tournoyant en tous sens avant de se déposer sur l’oiseau inerte.

Exemple d’un tir à la base du cou ayant fait des dommages importants à la poitrine. Remarquez les plumes qui volent au-dessus de l’oiseau après le tir.

Certes, notre chasseur pourra s’employer à réparer les dégâts, en les délogeant de la viande à l’aide de la pointe de son couteau. Mais pour certains, trop enfouis profondément dans la chair, il risque d’en rester malgré tous ses efforts. Ceci se constatera lorsqu’un de ses convives en extraira  un de sa bouche, dans un rire mal aisé pour amoindrir la gêne du chasseur qui s’en sait responsable.  Ainsi, si un tir d’épaule au chevreuil ou à l’orignal, se «répare» très aisément par un boucher qui n’a qu’à découper autour de la plaie pour en extraire toute viande affectée, il n’en va pas de même lorsque la carcasse d’un dindon sauvage récolté ressemble à une passoire.

Voici donc un article ayant pour but de vous aider à faire des tirs propres au dindon sauvage, c’est-à-dire des tirs n’ayant atteint que la tête ou la tête et le cou de l’oiseau, procurant une chaire de gibier totalement intacte.

Revoyez votre étrangleur…

D’abord, possédez-vous une arme expressément conçue pour le dindon sauvage?  Si non, utiliser un fusil à tout faire, comme celui qui vous sert déjà pour le lièvre et la gélinotte, implique une cylindrée de canon qui risque de procurer un patronage insuffisamment serré pour assurer un tir propre.

La cylindrée des canons de ces armes à tout faire se limitera généralement à un resserrement de classification «moyen» ou «full», ce qui demeure souvent en dessous de l’exigence minimale consistant en un étranglement «extra full».  Pour obtenir ce type d’étranglement extrêmement serré, on le retrouve habituellement pour des fusils assortis d’étrangleurs interchangeables (choke) que l’on visse à l’extrémité du canon de l’arme. Et encore, un étranglement extra full reste en dessous de la densité idéale de patronage que procure une arme à dindon sauvage dotée d’un étrangleur expressément conçu pour le dindon sauvage. 

Il est important d’utiliser un tube d’étranglement adéquat (choke) pour réussir un tir propre à la tête. Un étranglement trop ouvert en plus de limiter énormément la distance du tir risque de voir une bonne partie de la gerbe de billes frapper la poitrine de plein fouet. Sur la photo, au milieu tube d’étranglement ultra serré conçu spécifiquement pour la chasse au dindon et de part et d’autre, tubes avec étranglement cylindrique et modifié amélioré fournis avec l’arme et ne convenant pas pour des tirs propres.

Et mieux encore, en fonction spécifiquement de votre modèle d’arme à feu, il existe des compagnies qui se spécialisent uniquement dans la conception d’étrangleurs expressément conçus pour le dindon sauvage et à densité de patronage encore plus élevée. 

Passez d’une mire ouverte à holographique ou au télescope red dot

Une mire ouverte, telle qu’on la retrouve sur la majorité des fusils standards, nécessite d’aligner hausse et guidon sur le point de visée pour obtenir un tir précis. Et comme un tir propre implique d’abord un tir précis, si l’alignement simultané de ces deux points n’est pas parfait, cette précision en souffrira. 

Un fusil avec seulement le guidon avant comme mire, rend les tirs précis très difficiles.

De plus, le tir sur un dindon sauvage nécessite souvent une grande rapidité d’exécution, En effet, dès son tout premier mouvement d’épaulement pour effectuer un tir, le chasseur a généralement très peu de temps supplémentaire pour aligner l’oiseau qui, aussitôt alerté de sa présence, risque de fuir instantanément. Ainsi, dans des conditions de stress stimulées par les exigences d’un tir rapide et d’une mire ouverte nécessitant un alignement parfait sur 3 axes (œil, hausse et guidon), le risque d’imprécision augmente.  Et ce risque d’imprécision augmente d’autant plus que le guidon, constitué d’une bille métallique ou de fibre optique situé au bout du canon, grossit lors de la visée, au fur et à mesure que la distance pour un tir augmente. Or, ce grossissement peut devenir tel que le guidon peut en venir à cacher tout l’ensemble du corps du dindon lors d’une visée, rendant la précision du tir encore plus qu’incertaine.

C’est ici que les mires holographiques ou que les télescopes à grossissement nul mais dotés d’un point lumineux à intensité variable (red dot) peuvent faire la différence, en éliminant complètement ce risque d’un mauvais alignement du point de visée. En effet, peu importe votre alignement lors de la visée, si vous parvenez à fixer le point lumineux de ce type de mire sur le point de visée, le tir ira très exactement là où vous visez, à condition, bien entendu, d’avoir préalablement procédé à des tirs d’ajustement de ce système de visée. De plus, les points lumineux de ce système de visée, contrairement aux guidons ou billes, ont généralement l’avantage d’être de très petites dimensions et de le rester, quelle que soit la distance du dindon, ce qui contribue à favoriser la précision des tirs.

Les mires de types holographiques ne comportent qu’un seul point de visée lumineux que nous devons simplement superposer sur la tête de l’oiseau ce qui facilite énormément la tâche du tireur et d’autant plus lors de tir rapide.

Visez la tête, et non le cou

Je sais que je vais m’attirer certaines critiques en vous conseillant de viser la tête du dindon plutôt que son cou. En effet, en visant le cou, vous obtenez une probabilité plus sûre que des billes, au nombre minimal recommandé de 8, atteignent cette partie vitale et, par extension, la tête, ce qui vous éloigne d’un tir non mortel.

Considérons toutefois que le cou étiré d’un dindon combiné à la dimension de sa tête représente une zone vitale d’environ 8 pouces de hauteur. Or, si vous prenez plutôt la base du cou comme point de visée, vous êtes à pas plus de 2 pouces du début de la poitrine du dindon. Si vous combinez à ceci le risque d’un tir plus bas car non parfaitement ajusté sur le cou, la probabilité d’atteindre la poitrine s’en trouve considérablement augmentée. Si le centre de la tête du dindon est plutôt pris comme cible, vous serez alors à 8 pouces du début de sa poitrine, plutôt que 2.  À plus ou moins 100 pieds de distance du dindon et avec un bon étrangleur réduisant au maximum le diamètre de la gerbe de billes, un tir propre est beaucoup plus assuré.  

Sur la cible suivante, au lieu du cou, l’auteur suggère de viser la tache rose derrière l’œil du dindon.

Oui, un tir propre, c’est bien beau, mais la probabilité de manquer le dindon en visant la tête plutôt que le cou s’en trouve augmentée. Par contre, si vous êtes confiant en votre tir, en raison d’une pratique de patronage qui vous permet de bien connaître la capacité de votre arme, les risques deviennent très minimes.

Prenez un tir appuyé si nécessaire

Il existe des fusils qui peuvent être particulièrement lourds à supporter à bout de bras lors de la visée, particulièrement si le poids de l’arme est considérable au niveau du canon.  C’est le cas par exemple de certaines armes semi-automatiques qui sont très populaires auprès des chasseurs de dindon sauvage. Par ailleurs, il est souvent nécessaire de garder l’arme pointée longuement sur l’oiseau avant d’être en mesure d’effectuer un tir propre.  Le dindon peut ainsi prendre du temps avant d’être à portée de tir ou en bonne position pour l’effectuer.

Et un tir propre, impliquant de plus l’alignement de la tête comme cible très étroite, nécessite de devoir supporter l’arme durant un temps indéterminé et pouvant s’allonger au-delà de sa capacité physique. L’utilisation d’un bâton de tir ou d’un support quelconque de l’arme préviendra ce risque.

Un bâton de tir permet non seulement des tirs plus précis, il est aussi bénéfique pour tenir le gibier en joue jusqu’au moment que sa position soit parfaite pour un tir propre.

Apprenez à connaître les limites d’étendue de votre patronage

Un fusil doté d’un bon étrangleur à dindon sauvage assure ainsi un patronage serré et nécessaire à un tir propre. Toutefois, ce diamètre de resserrement de la gerbe de billes prendra inévitablement de l’expansion, au fur et à mesure de la distance parcourue.

Avec un fusil approprié, un tir propre sera donc assez facile à obtenir, jusqu’à une distance d’une centaine de pieds.  Au-delà de cette distance, le tir peut demeurer mortel mais le risque de toucher à la poitrine augmentera inévitablement. Encore ici, il importe de bien connaître la capacité de son arme et de choisir un étrangleur et une marque de cartouche qui procurera la meilleure concentration de billes lors des essais de patronage.

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Ajoutez le texte de votre infobulle ici

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Crédit photo : PHELPS

Il est primordial de bien connaître le patron de votre gerbe de billes sur une cible de dindon. En A un patron insuffisant pour un tir propre. Le tir aurait été mortel, mais il s’agit d’un coup de chance car les trouées dans le patron sont trop importantes et le succès relèvera du hasard. En B, la gerbe est suffisamment dense pour un tir mortel, mais la visée est beaucoup trop vers le bas et la poitrine aurait été réduite en bouillon avec un tel tir. Il faut définitivement réajuster les mires vers le haut. La photo C illustre ce que l’on recherche comme patron extra serré. Un tir qui sera non seulement ultra mortel, mais qui sera aussi très propre puisque l’essentiel de la gerbe frappe la tête et le début du cou de l’animal.

En définitive, c’est à vous de considérer la situation avant de décider ou non de prendre un tir, selon l’importance que vous accordez au fait de vouloir obtenir un tir propre. Et gardez aussi à l’esprit qu’il importe non seulement de connaître la limite de portée de votre arme, pour un tir précis, mais d’utiliser un télémètre afin de s’assurer que le dindon visé demeure à l’intérieur de cette portée.

Tirez au bon moment

C’est sur cet aspect du tir que se produit l’erreur la plus fréquente des tirs impropres.  Lorsqu’un dindon arrive enfin à vous, à une distance permettant de prendre un tir, celui-ci est souvent dans un état d’excitation sexuelle stimulé par vos appels et la présence de vos appelants. Dans cette condition d’excitation, un dindon fera la roue et gonflera ses plumes au point de prendre l’apparence d’une boule bien ronde. Son cou étant alors complètement retracté dans cette masse informe de plumes gonflées à bloc, il peut être très tentant de prendre aussitôt le tir sur la tête qui demeure quand même visible. Cette erreur est d’autant plus tentante que le canon peut déjà être bien pointé sur la tête du dindon parfaitement immobile et qui, dans cet état d’excitation, n’a fait aucun cas du mouvement d’épaulement du chasseur, maintenant à un cheveu de connaître le succès.

Pourtant, un tel coup de feu à ce moment, malgré sa létalité probable, entraînera un tir risquant d’être impropre, car la tête du dindon, presque enfouie dans les plumes, est alors collée à sa poitrine qui sera elle aussi criblée de billes. Ce qu’il faut faire est de garder l’arme alignée sur la tête du dindon et d’attendre patiemment, malgré sa nervosité, que celui-ci sorte de son état d’excitation qui le fera prendre la forme d’une quille avec le cou bien étiré. Si ce changement d’humeur tarde à venir, il suffira au chasseur d’effectuer un léger mouvement ou cri pour que le dindon réalise sa présence et se place instantanément dans un état d’alerte qui le fera prendre cette position allongée et très verticale. Le cou alors bien étiré, le chasseur aura encore quelques secondes d’immobilisation de l’oiseau pour prendre un tir à la tête, ce qui éloignera suffisamment la gerbe de billes pour éviter de toucher à la poitrine.

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MARK RAYCROFT

A : un tir sur un dindon qui parade et qui a la tête rentrée dans les plumes est non seulement risqué, mais en plus il vous garantira d’obtenir une viande de poitrine criblée de billes. Il faut plutôt attendre que l’oiseau étire le cou comme sur la photo B et prenne l’apparence d’une quille avant de placer la mire sur sa tête et faire feu.

Un tir mortel ayant atteint la tête s’observe souvent par un dindon qui pourra débattre longuement et très activement de ses ailes en raison du système nerveux qui a été atteint, ce qui provoque des spasmes post-mortem. Ces spasmes peuvent durer très longtemps et reprendre fréquemment malgré des périodes d’immobilité complète. Malgré la tentation compréhensible de soulever fièrement votre dindon récolté, faites particulièrement attention à ses pattes après un tir propre. Pour cause, ces spasmes peuvent subitement reprendre par la seule stimulation de votre toucher. Et avec ses ergots affutés comme des rasoirs, dont certains peuvent dépasser les 2 pouces de longueur, ceux-ci en mouvement pourraient vous entailler les mains sous l’effet de ces spasmes. Il est donc de mise de toucher à l’oiseau à l’aide, par exemple, du canon de son arme, pour s’assurer de sa mort complète avant de le soulever par les pattes.

Voilà! J’espère que cet article vous permettra d’obtenir des tirs plus précis sur un dindon sauvage. Et si vous visez la tête à l’aide d’une arme bien adaptée et au patronage le plus serré possible, ceux-ci vous permettront de récupérer un oiseau intact de toutes traces de tir. Bonne chasse et surtout, bons tirs propres!

ANDRÉ VEILLEUX

L’auteur avec un beau Tom récolté en 2020. Ce dernier se fait un devoir d’effectuer des tirs propres sur ses dindons pour maximiser la qualité de la chair succulente de ce superbe gibier ailé. 

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