OIE DES NEIGES
Par François Lévesque
Chasse printanière: la «checklist»!
La chasse de la grande oie des neiges au printemps représente un défi de taille pour tout sauvaginier qui se respecte. Cet oiseau étonnament adaptatif subit ici une saison de chasse s’étendant de septembre à novembre avant de migrer plus au sud où les chasseurs américains les attendent de pied ferme.
Ainsi, une fois de retour au Québec fin mars début avril, les oies qui reviennent de chez l’Oncle Sam ont subi le feu ennemi durant presque 8 mois d’affilée. La seule pause véritable dont ces volatiles peuvent profiter est la période de nidification, qui s’étend de juin à juillet au nord de la belle province.
Terminé donc au printemps venu les chasses faciles lors des années d’abondance de jeunes car la plupart connaissent désormais le tabac. Je ne dis pas que les années de grosses reproductions n’apportent aucun bénéfice cynégétique au printemps, car il est évident que la naïveté de certains sujets persiste dans le temps comme chez certains sujets humains, mais le degré de difficulté de récolte est augmenté.
Voici donc quelques aspects fondamentaux à considérer lors de vos prochaines sorties.
Le givre
Lors de vos sorties printanières, vous serez aux premières loges pour assister au phénomène qui nous apporte ce bon vieux sirop d’érable: le gel nocturne suivi du dégel diurne. Ce phénomène va bien-sûr en s’amenuisant à mesure que les températures se réchauffent mais demeure présent pour une bonne partie de la saison. Ce que cet écart a de fâcheux est qu’il provoque le phénomène de givre sur les appelants. Cette situation ne pose pas de problème par temps très nuageux ou lors de journées de pluie mais constitue un véritable cauchemar pour le chasseur d’oie blanche qui exerce son art lors des journées ensoleillées.
La solution est drastique mais efficace si vous possédez une installation constituée d’appelants plein corps : chassez quand il pleut ou quand c’est nuageux.
Installation d’appelants plein corps par temps pluvieux. C’est la meilleure façon d’éviter le givre sur les appelants.
Une deuxième solution : conservez vos appelants dans des sacs jusqu’à la dernière minute et installez-les une fois le jour levé seulement. Vous perdrez alors quelques volées et non la journée entière. Prévoyez une permission sur le champ voisin car les premières volées peuvent se poser non loin et créer un attrait pour les oies suivantes. Vous devrez alors aller lever ces oies afin de ne pas vous retrouver avec 10 000 appelants bien réels dans votre dos.
Vous pouvez également faire usage, par journées venteuses, d’appelants en sac, qui se gonflent sous la brise et qui n’accumulent pas le givre. Vignette: plan rapproché d’appelants en sac.
La nourriture
Au printemps, la nourriture est éparse en début de saison. La situation change au fur et à mesure que les jours allongent, notamment en raison de la pousse des différentes cultures que les oies apprécient (luzerne, jeunes pousses de céréales etc). Vous devrez donc surveiller les types de cultures que les oies fréquentent au début de la saison et tenter d’identifier ce même type de nourriture un peu partout sur votre territoire de chasse.
Par exemple, si les oies fréquentent un champ de maïs récolté l’automne précédent, soyez assurées qu’elles le videront de ses restes avec une efficacité étonnante. Leur prochain mouvement: dans le champ de maïs le plus près, soyez-en certains! Il est donc sage de se prévaloir d’une permission dans quelques champs de maïs ainsi récoltés. Si un champ de luzerne ou de trèfle pousse à proximité, c’est encore mieux car les oiseaux aiment s’y gaver après avoir mangé des restes de céréales. En effet, les restes de céréales sont généralement secs et les pousses vertes contiennent plus d’eau, étant généralement recouvertes de la rosée matinale, ce qui hydrate l’oie. Le même phénomène se produit généralement avec les autres types de céréales et de végétaux que la grande oie des neiges consomme. Il faut donc retenir que lorsqu’un champ d’un type de céréale donnée est productif, il y a de grandes chances pour que les oies fréquentent par la suite un champ comportant le même type de nourriture.
Il est important de bien identifier le type de culture fréquenté par les oies, car un champ productif indiquera quoi chercher pour les prochaines chasses.
Un phénomène nouveau qui va en augmentant ces dernières années: la consommation de soya. Les oies ne semblent pas friandes de ce type de céréales mais en consomment de plus en plus souvent depuis les 5 dernières années, surtout après 2 ou 3 jours de pluie où les grains de soya sont amollis par l’humidité et donc plus faciles à manger pour elles.
La cache
Cet aspect de la chasse printanière ne sera jamais assez souligné. Il est fondamental de disparaître dans son environnement à la chasse de printemps à la grande oie des neiges.
Les vieilles oies rusées ont même pris l’habitude de survoler les fossés en ligne droite tout en gardant une bonne hauteur afin d’y repérer d’éventuels chasseurs, quand elles ne refusent pas carrément de s’en approcher. Vous devez donc redoubler de soins avec la cache et vous assurer qu’elle se fonde complètement dans le décor.
N’ayez pas peur d’ajouter des branches au sol devant la cache afin de briser tout effet de mur.
La cache et sa toile ne sont qu’un canevas vous permettant d’ajouter des éléments naturels trouvés sur place. Une des meilleures manières de procéder est de faire sa cache la veille de la chasse, ce qui vous permettra d’avoir un abri mieux adapté car si c’est humide la cache sera plus foncée, s’il neige elle aura eu le temps de se couvrir de blanc et ainsi de suite.
La météo
Le printemps, la météo changeante peut vous faire faire de belles chasses ou anéantir tout espoir de récolte, au gré du hasard. Vous devrez composer avec la brume, le soleil, la pluie, le vent et parfois la neige.
Je me souviens encore de cette journée où tout semblait destiné à mal tourner. Nous étions parfaitement installés le long d’une mince lisière d’arbres et arbustes dans ma vieille cache à panneaux dans un champ de soja lavé par la pluie depuis les 3 derniers jours et il y avait un imposant corridor de vol au-dessus de nous qui s’était formé la veille. Bref, toutes les conditions étaient réunies pour en faire une belle… Pourtant, quand les oies ont commencé à voler, plus rien n’allait: les oies ont bel et bien sorti et passaient directement au-dessus de nous, mais à environ 2000 pieds dans les airs sans même daigner regarder l’installation. Nous étions cuits!
Au moment où je regardais mon ami Jérôme pour manifester ma déconfiture, une brume épaisse enveloppa les environs. On n’y voyait pas à 30 pieds! Nous sommes foutus!
Alors que je me penche pour ramasser mes affaires et commencer à désinstaller, j’entends le cri d’une oie qui semble descendre devant la cache… Surpris, je lève la tête et c’est 25 oies que j’aperçois posées devant nous à environ 30 pieds de la cache… GOOOOOO!!!!
6 belles oies restent au sol tandis que les autres disparaissent dans la brume! J’ouvre la toile pour sortir récupérer les prises quand soudain j’entends les cris d’une nouvelle bande d’oiseaux qui descendent! J’ai à peine le temps de retourner dans la cache qu’il y a une centaine d’oies au sol devant nous à travers les appelants! GOOOOO!!!!
10 oies demeurent au sol, wow!
Le manège a continué pendant environ 30 minutes, le temps que la brume se dissipe.
Une fois le ciel bien éclairci, le manège précédent s’est remis en place et nous avons observé des bandes d’oies nous survolant à 2000 pieds dans les airs pour le reste de cette chasse mémorable où 70 oiseaux furent récoltés au cours des 30 minutes qu’aura duré le phénomène météo (photo en ouverture d’article).
C’est donc dire que la météo peut jouer un rôle fondamental à la chasse et particulièrement à la chasse de la grande oie des neiges. À retenir : lors de journées brumeuses il arrive que les oies ne sortent pas ou encore qu’elles changent de secteur en suivant une trajectoire exempte de brume ce qui les amènent complètement ailleurs vu la découverte de nouveaux secteurs nourriciers. Cependant, si les oies se rendent au champ espéré avec une belle brume, amenez-vous des cartouches! Le même raisonnement vaut pour la neige.
Les journées ensoleillées et sans vent sont les pires au printemps car les oies volent haut et utilisent cet avantage à bon escient pour tourner et tourner et tourner au-dessus de votre installation, ce qui leurs laissent du temps pour voir les moindres défauts, incluant les reflets des appelants qui sont alors accentués par le soleil.
Au printemps les journées ensoleillées et sans vent sont habituellement peu productives car les oiseaux volent haut et voient les moindres défauts de notre installation.
Par grand vent, les oies entrent généralement plus près du sol, ce qui lui laisse moins de latitude pour voir par-dessus la cache. Elles tournent moins aussi mais peuvent être en approche plus longtemps.
Les journées de météo idéale sont venteuses avec de légères précipitations car un ciel couvert atténue les reflets.
Un bon sac et son contenu
L’oie blanche suit la ceinture de fonte au printemps, c’est-à-dire qu’elle longe les berges du fleuve Saint-Laurent d’ouest en est pour se diriger vers ses aires de nidification (le fleuve est orienté du sud-ouest vers le nord-est). Le sol où vous chasserez est alors plus souvent qu’autrement détrempé en raison de l’apport en eau provenant de la fonte des neiges, sans parler des précipitations.
Il vous faut donc un sac de cache imperméable et possédant un fond résistant à l’eau. Vous pourrez ainsi conserver lunch, documents et munitions bien au sec.
J’utilise le sac wicked wing de Browning depuis une dizaine d’années et j’en suis très satisfait. Évitez les sacs souples non imperméabilisés car il n’y a pas toujours de fond sec dans une cache. N’achetez pas non plus de sac trop gros car la tendance bien humaine à tout remplir vous fera vite regretter le poids ainsi créé. Une dimension d’environ 12 po par 8 po est largement suffisante pour 3 boîtes de cartouches (vous avez droit à 20 oies et c’est 75 cartouches…), vos documents et votre lunch. Je glisse également dans mon sac une paire de gants, des protections auditives et des chauffe-mains Si vous avez une caméra de type Shotkam, vous pouvez prolonger la vie de la pile de manière substantielle au froid en y attachant un chauffe-main à l’aide d’un bout de cuissardes en néoprène et d’un élastique. Il faut bien récupérer ces vieilles cuissardes!
Sac imperméable avec fond résistant à l’eau parfait pour la chasse dans des caches humides.
Imprimez et glissez dans la poche plastifiée une copie de vos permis (fédéral et provincial), même si la copie numérique de ces documents peut être présentée. Un téléphone peut devenir inutilisable par manque de pile, mais ça ne risque pas d’arriver à un bout de papier.
Aussi, un limitateur de capacité de magasin (une «plogue») supplémentaire adapté à l’arme avec laquelle vous chasserez ce matin-là devrait généralement se trouver dans votre sac de même qu’un double des clés de votre barrure de pontet si vous possédez une barrure de ce type.
Oui, je me suis déjà rendu aux abords d’un champ le matin de la chasse sans la clé de la barrure de mon arme et non je n’ai pas pu chasser ce matin-là. Mes amis en ont tué 57…
Les lignes de feu
Le sujet a déjà été abordé dans une de mes chroniques précédentes mais c’est une chose tellement importante à savoir lors de vos chasses printanières: le respect des lignes de feu.
Il arrive souvent que, dans une volée de 15 à 20 oiseaux se présentant à l’installation, une, deux ou trois oies juvéniles décrochent du groupe pour venir fondre dans les appelants, phénomène qui attire à son tour le reste du groupe vers le sol. Or, tous les yeux sont déjà rivés sur ce jeune oiseau au milieu de la volée qui semble s’offrir comme un gros ballon de plage et l’inévitable se produit: tous font feu sur le même oiseau!!
Non seulement cet oiseau ne sera pas consommable vu les trop nombreuses blessures sur l’ensemble de son corps mais la plupart des oiseaux de la volée, qui étaient tous atteignables, s’en sortiront indemnes. C’est pourquoi il est fondamental, avant le début de la chasse, de donner instruction aux chasseurs de ne faire feu que dans un rayon d’environ 35 à 40 degrés devant eux (10h à 14h), histoire que chacun abatte l’oiseau qu’il a en face de lui au lieu de tous tirer sur le candy bird.
Conclusion
La chasse printanière de la grande oie des neiges est souvent qualifiée de défi ultime par les sauvaginiers et pour cause, elle présente des aspects uniques et pousse le chasseur à se dépasser. Cependant, si les éléments de base sont maitrisés et appliqués avec rigueur, les efforts que vous mettrez à poursuivre cet oiseau magnifique seront largement récompensés.
Bonne saison !!