La faune sans gouvernail politique depuis 2 ½ ans

Par
Louis Turbide

ÉDITORIAL

Le 20 octobre 2022 monsieur Benoit Charette est devenu ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Depuis les 30 dernières années, la faune qui inclut depuis tout ce temps la chasse et la pêche a été «barouettée» d’un ministère à un autre mais en demeurant en tout temps le parent pauvre de ces différents ministères. En fait, le seul temps où la faune progressait de façon dynamique c’est lorsqu’elle était dans la Société de la faune et des parcs mais puisqu’elle n’avait pas le statut de ministère, cela causait un problème au niveau des sommes et ressources allouées. Il faut remonter au début des années 1990, plus précisément de 1979 à 1994) pour retrouver un ministère qui incluait les mots chasse et pêche soit celui des Loisirs de la Chasse et de la Pêche.

Depuis ce temps, la faune perd des plumes en importance, en budget d’opération et nécessairement l’indifférence gouvernementale s’installe. En gros, on ne pèse pas lourd chez nos décideurs et le ministre Charette ne fait rien pour changer notre perception. Du moins c’est le message qu’il envoie au domaine de la faune en étant très souvent absent des différents événements fauniques importants qui se déroulent à chaque année au Québec. À titre d’exemple, j’étais présent au banquet qui clôturait le dernier congrès de Zecs Québec le 15 mars dernier. J’ai été estomaqué d’entendre le président de Zecs Québec, Guillaume Ouellet, mentionner aux gens dans la salle que pour une deuxième année consécutive le ministre Charette ni aucune personne pour le représenter n’étaient présents à cet événement important. Comme message de désintérêt on ne peut faire mieux. Certes un ministre ne peut assister à tous les événements importants durant une année mais il est inacceptable de ne pas déléguer quelqu’un pour le représenter et parler en son nom. Le message est fort, négativement parlant! On est loin du temps où Guy Chevrette à la tête de la Société de la faune et des parcs venait répondre aux questions des chasseurs et pêcheurs dans le cadre de l’émission hebdomadaire de chasse et pêche animée par Jean Pagé.

Le constat est peu reluisant comme ce fut le cas lorsque la faune était jumelée à la forêt dans un autre ministère. Aujourd’hui le fait d’être insérée dans un ministère aussi important que celui de l’environnement donne très peu de place à la faune. J’ai même entendu à travers les branches qu’il y avait eu des discussions pour retirer le mot faune du nom de ce ministère tellement on ne fait pas le poids… Imaginez!

De plus, force est d’admettre qu’un ministre non-chasseur et non-pêcheur comme Benoit Charette ne représente pas un choix judicieux pour être à la tête de la faune. Pour être sensible aux enjeux importants du domaine faunique, il faut avoir un minimum d’expérience sur le  terrain ce que ce ministre n’a pas du tout malheureusement ou à tout le moins une écoute et une sensibilité. Jusqu’à maintenant le ministre Charette ne livre même pas la marchandise au niveau d’une certaine écoute ou compréhension. C’est ce que j’entends dans le milieu!

Le ministre du MELCCFP Benoit Charette.

À titre d’exemple, devant la baisse inquiétante des populations d’orignaux en Mauricie dans la zone 26, une demande a été effectuée en 2024 pour modifier les modalités de prélèvement pour 2025 étant donné que c’était une année permissive et que le prélèvement mâle, femelle et veau sera permis. Au moment d’écrire cet éditorial, le ministre Charette n’avait pas pris deux minutes pour approuver ce changement réglementaire nécessaire pour donner un coup de pouce si important pour les populations d’orignaux de cette région avant que les nouvelles modalités de gestion 2026 (possible fin de l’alternance et ainsi attribution de permis d’orignaux sans bois et modification du nombre de coupons de transport à apposer pour un orignal) ne soient mises en place.

Encore plus absurde, pour statuer sur le nombre de coupons de transport (entre 2 et 4) suite à la récolte d’un orignal à partir de la saison 2026 sur une zec, le ministère donne jusqu’au 4 avril 2025 aux gestionnaires des zecs pour faire approuver cette modification lors de leur assemblée générale annuelle sinon ce type de modifications ne pourra être demandée qu’à partir de la saison 2028! Le problème c’est que la très grande majorité des assemblées générales annuelles des zecs ont lieu après le 4 avril! Toute cette bureaucratie mal ficelée empêche une saine gestion d’une population aussi importante que l’orignal et le ministre doit en prendre une partie du blâme. Je sais que les fonctionnaires sont pris dans des délais très serrés lorsqu’on parle de modifications réglementaires mais ce sont des choses qui se planifient et la loi du gros bon sens devrait primer.

Contrairement au scandale du dossier SAAQclic où c’est l’argent des contribuables qui a été dilapidé, là on parle de ressources fauniques qui sont laissées à elles-mêmes à cause du laxisme d’un ministre absent! Je pourrais aussi revenir sur la vente illégale de viande sauvage dont j’ai discuté dans le précédent éditorial et qui mérite une position musclée du gouvernement. Vivement le redressement de cette barque avant de couler à pic!   

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