Le territoire parfait
Est-ce que le territoire de chasse parfait existe pour le chevreuil? Un territoire qui peut produire chaque année un ou plusieurs bucks matures selon la grandeur du «spot» sans trop jouer dans le capital.
D’abord, faisons quelques mises au point et distinctions. Dans un premier temps, sachez que cela peut exister sur une période d’environ 5 à 8 ans si vous ne voulez pas intervenir en faisant de l’aménagement soutenu du point de vue forestier et/ou agricole. Deuxièmement, un territoire n’est pas un affût dans un arbre particulier. Au cours de ma carrière, j’ai eu la chance de trouver des «spots» d’affût de calibre olympique partout où j’ai passé pour guider ou chasser. Pour moi, un secteur précis de chasse de haut calibre doit montrer un à plusieurs bucks matures par 4 ou 5 jours de chasse. Au Québec, j’en connais quelques-uns autour de chez moi qui peuvent être visités par un buck de 3,5 ans et plus tous les 4-5 jours. L’autre extrême serait quelques sites en Alberta et en Saskatchewan, où il est possible de voir 5-6 bucks matures par 2 jours sans appât et parfois plus sur des sites appâtés.
Ces endroits particuliers, outre le fait d’avoir plusieurs bucks de qualité les peuplant, ont un point en commun: une topographie particulière qui canalise les mouvements des chevreuils dans un endroit précis qui est chassable à bon vent. Pour trouver un tel endroit de chasse, cela prend beaucoup de territoire disponible, du temps de prospection (pas du temps pour faire une saline) et suffisamment de connaissances sur les chevreuils, autant sur leurs besoins en habitat que sur leur comportement à différentes périodes de l’année.
Au cours de sa carrière de guide, l’auteur a eu la chance de trouver quelques endroits magiques. Ce buck, aux dimensions modestes pour l’Ouest, fut récolté par un client depuis un mirador installé en transition sur une crête surplombant trois zones de transition. Selon l’auteur on pouvait voir jusqu’à dix bucks par jour sans appât et pas plus de trois ou quatre femelles. À quelques centaines de mètres aux alentours, l’activité devenait très sporadique.
En réalité, il est beaucoup plus simple et réalisable de trouver un territoire qui approche la perfection qu’un «spot» précis. Si vous cherchez un nouveau territoire de chasse aux chevreuils ou si vous devez faire un choix entre plusieurs terrains, voici les points principaux à considérer pour choisir le terrain parfait.
Au cours d’une carrière de guide mais surtout de biologiste ultraspécialisé sur le chevreuil et sa chasse, j’ai pu découvrir ce que le chevreuil recherche exactement et encore plus précisément les mâles matures. De plus, chasser et guider dans plusieurs provinces, sur des grands et petits terrains, avec ou sans pression, m’a aussi fait prendre conscience que les meilleurs terrains à chevreuils ne sont pas nécessairement les meilleurs territoires de chasse. En effet, le chevreuil est une chose, mais la chasse en est une autre, et le chasseur devient très vite une intrusion dans la vie du chevreuil. Si un chasseur ne peut pas tirer avantage d’un super territoire sans créer un dérangement considérable, il ne sert à rien de s’acharner; le résultat sera le même.
Dans ce sens, le territoire de chasse parfait pour le chevreuil, une combinaison de plusieurs caractéristiques physiques, se décrit en fonction de critères combinant la survie de l’espèce et la possibilité de le chasser efficacement.
Commençons par ce que les chevreuils recherchent, et plus particulièrement les mâles matures, puis nous examinerons les caractéristiques physiques du terrain permettant à un chasseur d’en tirer profit.
Que recherchent les chevreuils?
PETITES TERRES
C’est maintenant connu de la majorité des chasseurs passionnés: les chevreuils, en vieillissant, recherchent des habitats forestiers plus jeunes combinant une nourriture abondante et une strate arbustive dense leur servant de cachette. Plus le territoire de chasse que vous recherchez est petit (par exemple 50 acres et moins), plus il devrait ressembler à un vieux chablis d’une quinzaine d’années. Un mélange de quelques vieux arbres conifères, si possible très matures, ayant en sous-couvert une repousse de forêt mixte si possible de 4 mètres ou moins. Le sol forestier devrait être encore tapissé d’herbacés en sous-bois à raison d’au moins 50 % de sa surface. Il faut de la cachette et de la nourriture en abondance pour encourager vos chevreuils à quitter le moins possible le secteur durant la saison automnale. Si c’est trop clair, le chevreuil quittera à la moindre pression de chasse et/ou par manque de nourriture.
Même si ces deux photos (photo en ouverture d’article et photo ci-dessus) montrent des mâles matures (ouverture article: 2,5 ans et ci-dessus: 3,5 ans) en fin d’été et début d’automne, vous pouvez miser sur leur présence aux alentours si les dérangements ne sont pas trop importants, car les habitats environnants offrent une abondance de nourriture et des cachettes potentielles de qualité.
GRANDES TERRES
Ce n’est que passé les 200 acres forestières que je suis prêt à faire des compromis sur la densité forestière. À cette grandeur, quelques «spots» de forêts jeunes et denses pourraient suffire à garder le chevreuil sur votre territoire. Encore là, une forêt mixte sera avantageuse par rapport à une forêt de feuillus. Une forêt mixte avec une forte présence de conifères sera même préférable à une forêt dominée par des feuillus. Les vieux bucks vont souvent accepter un compromis en nourriture en faveur d’une meilleure protection contre la prédation et la pression de chasse.
Une frontière entre deux lots à la gestion forestière différente. La forêt de droite, beaucoup plus dense, aura tendance à cacher plus de chevreuils, tandis que celle de gauche les nourrira plus régulièrement, à pression de chasse égale. Ce chemin est donc très propice à de belles heures d’affût tôt le matin ou tard en fin de journée.
Topographie ondulée
Topographiquement parlant, si je peux avoir un territoire avec différents plateaux incluant quelques coteaux et vallées bien définis, ce sera un plus à considérer. Encore une fois, les vieux mâles préfèrent se réfugier sur les parties les plus hautes disponibles de leur territoire.
Habitat morcelé
Un territoire de chasse aux habitats morcelés et variés, où les zones de transition sont nombreuses et où l’on trouve au moins un point d’eau de qualité, sera préférable à une grande surface forestière homogène sans barrière naturelle pour aiguiller les mouvements du chevreuil.
Voici l’image d’un territoire qui me semble parfait en milieu agroforestier. Nourriture forestière, champ agricole à proximité, cachettes en abondance, eau de qualité, nombreuses transitions d’habitats, accès multiple à différents vents et même des canaux de déplacement naturels : il ne reste qu’à y consacrer des heures de chasse de qualité.
Étang de castor
Dans ce sens, un étang à castors, actif ou abandonné, attire les chevreuils grâce à sa nourriture abondante, mais aussi en raison de son effet sur leurs déplacements. Cette barrière topographique est d’autant plus importante lorsqu’on chasse avec des armes à portée réduite comme l’arc et l’arbalète.
Voici l’exemple parfait d’une ligne de tir naturelle, souvent complètement négligée par la plupart des chasseurs. Pas besoin d’appât, la pression de chasse des environs devrait faire le travail pour vous.
Pression de chasse
Lorsqu’on cherche la combinaison parfaite, il faut également prendre en compte la pression de chasse. Moins de pression signifie directement plus de chances d’avoir un vieux chevreuil dans le secteur.
Lorsqu’on cherche la combinaison parfaite, avec le type de gestion rétrograde qu’on nous sert depuis deux décennies pour le chevreuil, la pression de chasse doit être plus que prise en considération avant de s’installer dans un secteur et de choisir un territoire de chasse. La compréhension de la pression de chasse doit devenir prioritaire. Rien ne sert d’avoir la plus belle tour à condos du secteur s’il n’y a pas de prospects dans le secteur pour acheter les appartements.
Où chasser?
Actuellement, au Québec, il y a beaucoup plus de beaux territoires à chevreuils disponibles que de beaux gros chevreuils mâles pour les remplir. Attention, je ne parle pas de territoire de chasse, mais bien de territoire à chevreuils.
Pour quelqu’un qui se débrouille bien en grande forêt et est confortable à quitter les 300 premiers mètres des bords de chemins et des sentiers de VTT, je choisirais avant tout un grand territoire forestier, que les réserves fauniques, les ZEC et les pourvoiries privées du sud du Québec ont à offrir, en mettant l’emphase sur les considérations physiques déjà énoncées précédemment.
Si vous êtes moins à l’aise face aux grandes étendues forestières plus sauvages et préférez demeurer près de la civilisation sur des terres de type agroforestier, je ferais un effort particulier pour rechercher une terre n’ayant aucune pression de chasse sur au moins un côté frontalier, et plus si possible. Rappelez-vous que la pression de chasse est plus mortelle que la moyenne des rigoureux hivers québécois. Moins de pression de chasse veut directement dire plus de chances d’avoir un vieux chevreuil dans le secteur.
L’aide des caméras de détection
La pression de chasse actuelle de la dernière décennie, jumelée aux hivers difficiles de plus en plus réguliers, à la dégradation des forêts servant de ravages hivernaux et au maintien élevé des populations de prédateurs, fait en sorte que les chevreuils de plus de 2,5 ans sont très rares sur la majorité du territoire québécois, et encore plus rares sur la rive nord du Saint-Laurent ainsi qu’en dehors des basses terres du fleuve Saint-Laurent au sud de ce dernier.
Devant ces conditions structurelles, climatiques et politiques, le meilleur conseil sera d’utiliser abondamment les caméras de détection pour trouver les quelques survivants encore disponibles, une fois que vous avez choisi quelques secteurs potentiels.
Accès multiples
Un dernier point non sans importance lorsqu’on cherche un territoire de chasse : l’accès à ce territoire sur plusieurs faces est primordial pour pouvoir chasser avec un bon vent et avoir accès à vos sites à bon vent également. Il n’y a pas beaucoup plus dommageable que d’être toujours obligé d’entrer sur votre territoire par le même chemin, particulièrement si ce chemin se trouve plutôt dans le secteur ouest de la terre. Rapidement, la contamination de tout votre lot rendra vos chevreuils méfiants et les plus vieux deviendront nocturnes, au moins sur votre terre.
Aucune raison de négliger vos entrées et sorties ainsi que les périodes de chasse toujours à bon vent avec un territoire semblable, où une route d’accès est située de chaque côté de la terre. Un territoire avec beaucoup de potentiel.
En résumé, cherchez des forêts variées, plus conifériennes que feuillues, plus jeunes, aux accès nombreux, avec une topographie variée pour canaliser les mouvements autant que possible, et essayez de vous tenir loin des autres chasseurs.



