Une éthique de tir : pourquoi pas ?
Les blessures aux volatiles peuvent être une conséquence involontaire de la chasse à la sauvagine. Il est important de les réduire afin d’améliorer le bien-être animal, de réduire le gaspillage et de garantir une chasse au canard durable et responsable dans notre belle province ainsi que dans les territoires limitrophes.
En résumé, les facteurs pouvant contribuer aux blessures comprennent une mauvaise technique de tir, une distance de tir supérieure à celle prévue selon les capacités technologiques, et un manque de connaissances sur le choix de l’équipement approprié. Tous ces points découlent d’un manque de pratique et de familiarisation avec les armes et munitions utilisées. D’autres facteurs, comme l’anatomie de l’animal et le placement des projectiles, ainsi qu’une absence de stratégie de récupération, peuvent contribuer au gaspillage de sauvagine allant mourir plus loin sans être récupérée (cela s’applique en fait à tout gibier). Très souvent, le chasseur voudra abattre d’autres oiseaux pour compléter son quota de prise quotidien. N’oubliez pas cependant que, selon la réglementation, vous seriez supposés d’inclure les oiseaux perdus et non récupérés, mais bel et bien abattus, dans le décompte de ce quota, bien peu de sauvaginiers adoptent cette pratique!
J’ai déniché un petit bijou d’informations pertinentes et faciles à consulter sur un site web australien qui traite des bonnes pratiques de chasse à la sauvagine à adopter afin d’éviter de blesser inutilement des oiseaux, en particulier les canards, durant la chasse https://www.gma.vic.gov.au/hunting/duck/reduce-wounding. Je vous suggère fortement de consulter ce site et de prendre le temps de bien décortiquer les informations fournies ainsi que les vidéos qui accompagnent les cinq grands thèmes abordés, soit : une pratique régulière de tir (avec patronage de votre arme), une bonne capacité de récupération des oiseaux abattus (chiens rapporteurs, embarcation etc.), utiliser des appelants, savoir caller, utiliser des cartouches combinées à des étranglements appropriés à la situation de chasse, et le dernier point, mais non le moindre, toujours considérer que chaque coup de feu compte. En effet, si vous voulez avoir un impact collectif significatif sur la conservation de la sauvagine, pensez-y à chaque fois avant de tirer inutilement.
En résumé, tirer à moins de 30 m est l’une des mesures les plus importantes pour un chasseur de canards afin d’augmenter ses chances de réussite et de réduire les blessures. Pour la plupart des chasseurs, 30 m est la distance de tir maximale efficace. L’utilisation efficace d’appelants réalistes et propres, et d’appeaux, vous aidera à attirer les canards à votre portée de tir. Des études montrent que les blessures augmentent avec la distance de tir, en raison d’une densité de gerbe insuffisante et d’un manque de pénétration des projectiles. Pensez-y bien la prochaine fois que vous seriez tenté de faire un «tir de dernier recours» à bout de portée, en particulier si la sortie de chasse a été peu fructueuse, voire frustrante! Je vais revenir plus en détails sur certains de ces points dans les prochaines chroniques. Pour votre part, étant donné que le printemps sonne déjà à nos portes, sortez-vous exercer dès maintenant, pas juste sur un champ de tir avec des munitions de plomb à grenailles fines, mais, si vous avez la chance de pouvoir le faire sur une propriété privée, avec vos armes, étranglements et munitions de chasse. J’y reviendrai également prochainement.
Figure 1- Une image vaut mille mots ! Puisque les prochaines portées de chiots disponibles arriveront bientôt, il sera question des chiens rapporteurs dans la prochaine chronique (tiré de https://www.gma.vic.gov.au/hunting/duck/reduce-wounding)
FICHIER PUBLIC À UTILISATION NON RESTREINTE
Truc du guide
Canards: prospection printanière
Je ne parle pas ici de dénicher les sites de rassemblement nourriciers au champ ou dans différents plans ou cours d’eau, mais des «dortoirs de jour» utilisés par les canards barboteurs en particulier. Ce sont des sites, souvent dans des élargissements ou tournants de petites rivières surplombés par de grands arbres, en occurrence des cèdres (photo 1), où les canards vont se réfugier durant la journée pour éviter un aller-retour inutile au dortoir de nuit. Ils vont souvent utiliser ces dortoirs lorsque la distance entre leur lieu de rassemblement nocturne (souvent un parc ou une aire protégée située en bordure de grands plans d’eau) et la source de nourriture dépasse 8 à 10 km. Dans ce cas, leur circuit de déplacements comporte une arrivée au site d’alimentation le matin, un long séjour dans ces abris durant la période diurne, suivi d’une seconde visite pour se nourrir en fin de journée qui se termine par un retour au dortoir de nuit lorsque la période nocturne débute.
Pourquoi faire une telle prospection au printemps? Simplement parce que j’ai remarqué que les canards utilisent régulièrement ces sites l’automne également, tandis que la localisation des sources de nourritures est souvent très variable entre les années. Cela va dépendre de la stratégie de semaille des agriculteurs et des conditions en milieu naturel pouvant offrir de la nourriture aux canards barbotteurs. Étant donné que la végétation riveraine a été aplatie au cours de l’hiver et que le développement du feuillage des arbres caduques n’est pas très avancé tôt le printemps, il est relativement facile de dénicher ces sites précieux qui pourraient vous apporter de beaux succès de chasse à l’automne. En effet, j’observe presque toujours deux passes dans les dortoirs de jour, une première au début de la période légale de chasse alors que quelques canards y viennent avant d’aller se nourrir, et une seconde, en pleine clarté, lorsqu’ils reviennent de se nourrir. Cette dynamique de déplacement vous donne donc deux belles opportunités de chasse le même matin, les canards étant allés se nourrir en premier n’ayant pas eu connaissance ou perçu votre présence avant d’y retourner. Bonne prospection printanière alors 😊.
Photo 1: dortoir de jour typique avec une section d’eau calme et une rive recouverte de grands arbres. Selon mes observations, leur présence semble créer un sentiment de sécurité chez les canards. Bon an mal an, les attroupements de jour ont lieu au pied des belles talles d’arbres encore présentes le long des cours d’eau dans les secteurs où je chasse.
Aménagements et exploitation de la ressource
J’aimerais attirer votre attention sur un comportement que j’observe trop souvent, soit un gaspillage éhonté du gibier récolté. Je ne parle pas ici des petites sarcelles ou des canards barboteurs juvéniles ou de petite taille dont seulement les poitrines sont récoltées (quoique dans mon cas je les plume entièrement si les pièces ne sont pas trop abîmées), mais bel et bien de la bernache et de l’oie blanche. En effet, les muscles des épaules, des ailes (partie principale avant les rémiges primaires incluant la chair autour des omoplates dans le dos; figure 2) et des pattes, (incluant les muscles jambiers ou le pilon et celui du haut de cuisse), contiennent une quantité appréciable de viande! Je peux faire un repas convenable avec les ailes et des cuisses entières, dont la viande dans le dos, de deux bernaches pour quatre adultes. Il y a mille façons d’apprêter les ailes et les cuisses; confites, pochées et ensuite terminées au BBQ, en ragout etc.
Dans une chronique précédente, je mentionnais que l’activité de chasse ne se limitait pas qu’aux simples coups de feu, la préparation de la sortie, et ensuite, l’apprêtage du gibier, sa cuisson et sa consommation en font partie également. L’apprêtage du gibier peut aussi être une belle occasion de relaxer et d’échanger entre chasseurs après la chasse (photo 2). Enfin, si vous n’avez pas d’endroit ou l’espace pour apprêter vos prises, je vous recommande au moins de bien éviscérer, nettoyer (photo 3) et de les remettre à un boucher compétent qui récupérera toute la viande et vous préparera toutes sortes de mets à partir de celle-ci; pâtés de viande, tourtière, Smoke meat, jerky etc. Je connais un tel transformateur qui opère de père en fils depuis des décennies au sud de Valleyfield à Saint-Stanislas de Kostas, Himbeault Gibier- Boucher du Chasseur (https://www.himbeault-gibier.com/). Plusieurs de mes clients y ont apporté leurs prises depuis que je guide (début en 1990), et j’ai toujours reçu d’excellents commentaires. Je suis allé les visiter par curiosité, en fin de compte ce sont des milliers de bernaches que mes clients leur ont acheminées au fil des ans, j’ai trouvé le fils, qui reprend l’entreprise, et le père forts sympathiques!
Figure 2- Anatomie comparative d’un membre antérieur d’humain et d’oiseaux. Notez la masse musculaire importante que peut supporter l’omoplate de l’oiseau (crédit, https://www.gros-becs.net/forum/index.php?/topic/1208-anatomie-et-physiologie-des-oiseaux/).
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Photo 2: groupe de clients enjoués et de bonne humeur apprêtant leurs prises tout de suite après la sortie de chasse, dans ma cour avant. Ils n’ont rien gaspillé, les cœurs, gésiers et les foies ayant tous été récoltés comme l’ensemble de la viande des bernaches récoltées ce matin-là, exemplaire!
Photo 3: carcasses de bernache s’égouttant avant d’être transportées chez le boucher. Notez que le cou et les ailes peuvent être laissés sur la carcasse, mais le MAPAQ exige maintenant que les oiseaux soient éviscérés et nettoyés avant de les apporter chez les bouchers.
Anecdote sauvaginière
Pour terminer cette chronique, j’aimerais vous raconter une histoire qui s’est passée au tout début de ma vie de sauvaginier indépendante, alors que je tentais mes premières expériences sans l’aide de mes mentors, en occurrence, mes fameux oncles Déry. Il fallait le voir pour le croire! Comme je ne possédais pas encore de véhicule, ni aucun de mes amis à l’époque, il fallait me voir partir avec mon vélo, six coquilles de bernache surdimensionnées sur le dos, une couverture de jute à laquelle j’avais attaché des touffes de longues herbes roulée et déposée sur le support arrière, un petit coussin de chasse en dessous, et enfin, mon bon vieux douze Remington 870 à pompe retenu par des courroies à la barre horizontale de ma monture !!!! Ah oui, j’allais oublier l’essentiel, autour du cou, un bon vieil appeau en bois de la marque Olt pour la bernache dans lequel il fallait s’époumonner pour produire chaque cri!
Je partais, le cœur battant la chamade, avec tout cet accoutrement au lever du soleil vers le Petit Bernier, un rang de campagne le long duquel se trouvaient plusieurs fermes laitières et où j’avais la permission de chasser un peu partout. Arrivé au début du rang, je surveillais alors les premiers voiliers de bernaches arriver. Dès que j’en apercevais plus d’un survoler un champ, je me précipitais vers le site qui semblait les intéresser, j’installais les appelants en deux ou trois petites bandes bien distantes, je m’installais vent arrière dans une dépression, le petit coussin dans le bas du dos et je me couvrais de ma «cache portative». L’action venait toujours rapidement, ne devant pas faire dévier de leur trajectoire des oiseaux s’en allant ailleurs, mon petit plan et mes balbutiements d’appels faisaient très bien le travail, et je revenais rarement bredouille. Je ne m’imagine pas aujourd’hui tenter une telle approche de chasse à la bernache, j’en aurais pour une semaine à m’en remettre !
La leçon à tirer de cette histoire; la simplicité a et aura toujours sa place dans la chasse à la sauvagine lorsque la passion et la persévérance y sont. Elles sont la clef du succès, ou, du moins, elles apportent l’appréciation de la merveilleuse activité de chasse qu’est celle de la poursuite de la sauvagine, comme le montrent clairement Émile et son père Claude (photo 4), avec lequel je chasse depuis 50 ans, et qui ont, ce matin de fin novembre 2024, réussi ensemble cette belle sortie avec simplement quelques douzaines de silhouettes de bernaches en guise de plan !
Photo 4: deux sourires de passionnés qui en disent long sur la joie que ce duo père-fils a éprouvé durant cette sortie fructueuse la dernière saison, et, en plus, pas très loin du rang ou je chassais à vélo à l’époque.