MOUCHETÉE
Par Richard Monfette
d’après une entrevue avec Rémi Aubin. Photos et vidéos Rémi Aubin
Poissons nageurs pour gros spécimens!
Première partie
Rémi Aubin est reconnu comme une référence en matière de pêche dans la région du Saguenay. Il est conseiller chasse et pêche à l’Accommodation des 21 (une boutique chasse et pêche réputée attenante à un dépanneur offrant une qualité de service exceptionnelle), une entreprise familiale de quatrième génération située dans le secteur de Grande-Baie. Il est président de l’organisme Promotion Pêche et l’instigateur de nombreux projets faisant la promotion de cette belle activité. D’ailleurs son implication remarquée dans la communauté lui a même valu des reconnaissances provinciales et canadiennes, ainsi que de nombreuses participations et collaborations à des émissions de télévision et à des magazines d’envergure provinciale, nationale et même internationale.
Bien qu’il pêche de nombreuses espèces de poissons, il a développé une expertise particulièrement développée pour capturer de grosses mouchetées et un de ses secrets repose sur l’utilisation de poissons nageurs.
Dans ce premier volet il sera donc question de ses premiers pas à la pêche à la mouchetée avec poissons nageurs et de ses nombreux apprentissages alors que dans le deuxième volet dans l’édition de mai, il ajoutera de nombreux conseils et truc de pêche pour les lecteurs de 100% CHASSE PÊCHE.
De la cuillère au poisson nageur
Ce n’est pas d’hier que Rémi pêche l’omble de fontaine. Comme la plupart des pêcheurs, il a débuté en utilisant le sempiternel montage cuillère comme attracteur, bas de ligne de longueur variable et hameçon appâté d’un ver de terre. Montage ultra populaire qu’il qualifie avec humour de «syndrome de la Totonto Wobbler». Syndrome parce que bien des pêcheurs ne connaissent et ne croient qu’à cette méthode pour attraper de l’omble de fontaine ou si vous préférez de la truite mouchetée de son nom le plus commun…
Mais en pêcheur curieux, autodidacte et avide d’essayer d’autres stratégies de pêche, rapidement Rémi a commencé à mettre à l’essai différents poissons nageurs pour capturer la mouchetée. Ses premières tentatives pour tromper les salmonidés avec des imitations de petits poissons furent pour la truite de mer (la version anadrome de la mouchetée) dans le Saguenay et ses tributaires et rapidement il s’est aperçu que la taille moyenne des captures augmentait de manière très significative avec ce genre de leurre artificiel. À cette époque (et encore aujourd’hui d’ailleurs) il s’amusait à vérifier les contenus stomacaux des truites qui révélait la présence de nombreux éperlans. Évidemment le choix de poissons nageurs à l’allure d’éperlan devenait une évidence pour la truite de mer.
Quelques poissons nageurs aux reflets argentés, ressemblant à des proies comme l’éperlan, utilisés par l’auteur pour prendre de la mouchetée.1-Rapala Husky Jerk HJ-06; 2-Rapala Husky Jerk HJ-06; 3-Rapala X-Rap XR-06; 4- Rapala Original Flottant F-05; 5- Rapala Ultra Lite Shad
Quelques poissons nageurs aux reflets argentés, ressemblant à des proies comme l’éperlan, utilisés par l’auteur pour prendre de la mouchetée.1-Rapala Husky Jerk HJ-06; 2-Rapala Husky Jerk HJ-06; 3-Rapala X-Rap XR-06; 4- Rapala Original Flottant F-05; 5- Rapala Ultra Lite Shad
Les poissons nageurs pour la mouchetée dans les lacs intérieurs
Comme plusieurs lacs de sa région, habités par la mouchetée, supportaient des populations d’éperlan (en raison de leur proximité avec le Saguenay et historiquement leur communication avec ce dernier) il a donc décidé de transposer sa méthode avec poissons nageurs vers les plans d’eau intérieurs avec grand succès d’ailleurs. À partir de ce moment à chaque fois qu’il visitait un nouveau lac il cherchait toujours à connaître quels poissons y vivaient en compagnie de la mouchetée. Parfois il découvrait (souvent en vérifiant les estomacs) qu’il y avait des épinoches, de la ouitouche ou encore du meunier. Ainsi de fil en aiguille, il s’est aperçu que dans certains lacs, où Dame mouchetée cohabite avec d’autres petits poissons, elle peut devenir très piscivore lorsqu’elle atteint une certaine taille. Rémi suppose que c’est en raison d’une recherche de plus en plus grande en protéine que les plus grosses truites n’hésitent pas à s’attaquer aux poissons nageurs.
Donc à l’instar de ce qu’il a observé pour la truite de mer, il s’est rapidement rendu compte que le taux de capture de belles truites était beaucoup plus élevé avec des imitations de petits poissons dans les lacs intérieurs. Attention toutefois, car bien que les mouchetées de belle taille semblent cibler plus fréquemment les poissons nageurs, le bon vieux montage cuillère bas de ligne hameçon et ver de terre est habituellement plus efficace lorsque l’on préfère l’abondance à la taille.
Étude du comportement des truites et choix de leurres
Rémi aime bien utiliser son sonar Garmin avec sonde Panoptix pour pêcher, mais encore plus pour observer le comportement des truites. Cet appareil sophistiqué qui illustre le mouvement des poissons en temps réel (un peu comme une caméra sous-marine) lui a permis de confirmer ce qu’il se doutait à savoir qu’il est très difficile de s’approcher d’une mouchetée sans la faire fuir. Ce comportement farouche explique pourquoi il est souvent impossible de prendre plusieurs belles truites dans des secteurs peu profonds (5 à 15 pi) lorsqu’on pêche à la traîne. Il explique aussi pourquoi la traîne en S ou l’utilisation de dériveur, sont parfois deux techniques si efficaces. Parfois Rémi mentionne aussi que simplement utiliser des cannes plus longues permettant d’éloigner le leurre du sillon de passage du moteur augmente son taux de succès.
Rémi aime bien aussi son Panoptix pour découvrir rapidement quels leurres la truite semblent préférer. En observant le comportement des poissons qui, suivent les leurres, passent à l’attaque ou carrément prennent la fuite il est rapidement fixé et il peut trouver le leurre magique pour une journée donnée.
Adapter son leurre à la taille des proies «Match the hatch»
Rémi mentionne aussi qu’il faut toujours essayer de choisir le poisson nageur qui ressemble le plus possible à la couleur, la forme et surtout la taille des proies nageant dans un lac donné à une période donnée. En effet, lorsqu’on regarde les contenus des estomacs de truites à un moment particulier de l’année, on s’aperçoit que bien souvent la plupart des proies ingérées ont des tailles très similaires et sont donc fort probablement sélectionnées par les ombles. Il a aussi remarqué qu’au printemps lorsque l’eau est encore froide les plus gros poissons nageurs sont plus efficaces alors que l’été lorsque l’eau s’est réchauffée il faudra aller plus creux et utiliser de plus petits leurres. On peut supposer que le printemps avec l’accélération de leur métabolisme les truites sont à la recherche de plus grosses bouchées de protéines alors que l’été leur métabolisme ralentit et elle ciblera davantage de plus petits poissons.
Notre spécialiste de la pêche s’est aussi beaucoup intéressé à la reproduction des proies de la mouchetée comme l’éperlan par exemple qui se reproduit la plupart du temps dans les tributaires au printemps. Le moment où les éperlans ressortent des ruisseaux le matin est donc une excellente période pour venir profiter de cette manne alors que la mouchetée en prédateur opportuniste est attirée par cette concentration de nourriture. Comme Rémi le dit si bien, c’est alors la «Fiesta» pour les truites… et pour les pêcheurs qui utilisent des poissons nageurs à l’apparence de l’éperlan. Dans ce genre de situation où les truites sont regroupées, rien ne vaut la pêche au lancer dans le banc de poisson.
Dans d’autres lacs où l’éperlan n’est pas présent, ce sera d’autres espèces de ménés qui seront ciblées comme les petites ouitouches par exemple. Mais Rémi a aussi découvert que lorsqu’il est présent dans un lac, la mouchetée peut s’empiffrer d’un tout petit poisson appelé l’épinoche. Ça peut sembler curieux que la truite s’intéresse à ce petit poisson épineux, mais comme elle avale ses proies tête première, elle n’a aucune difficulté à en faire son repas.
Illustration d’une épinoche à 5 épines. Dans certains lacs, une proie qui se retrouve parfois en abondance dans l’estomac de la mouchetée.
Et qu’en est-il des poissons nageurs lorsque l’omble de fontaine est le seul poisson vivant dans un lac? Et bien selon Rémi ce sera alors du cas par cas. En prenant l’exemple des Monts Valin, il mentionne que parfois il a eu beaucoup de succès avec des petits poissons nageurs imitant la truite mouchetée, mais davantage avec les modèles sans ventre orangé. Ce qui est plus naturel car les petites truites immatures n’ont pas le ventre orange. Mais dans d’autres lacs de la même région, Rémi avoue que les poissons nageurs sont parfois très peu efficaces.
Lorsqu’il utilise des petits poissons nageurs à l’allure de la truite mouchetée, Rémi préfère ceux qui présentent un ventre blanc ou grisâtre (en bas, Salmo Minnow 5 Floating) à ceux pourvus d’une couleur rouge ou orange (Rapala Countdown CD-05 et CD-07).
Conclusion
Pour résumer, Rémi considère que les poissons nageurs sont un «must» et que tous pêcheurs de mouchetée devraient en avoir quelques modèles de différentes longueurs et de différentes couleurs dans son coffret de leurres. En effet selon leur région de prédilection, les pêcheurs devraient essayer de connaître quels types de petits poissons proies nagent dans les lacs qu’ils pêchent (grâce entre autres aux contenus stomacaux) et tenter de dénicher des leurres qui leurs ressemblent. Les poissons nageurs ne sont pas toujours les leurres les plus efficaces pour prendre de grande quantité de poissons, mais pour ce qui est de la taille moyenne des captures ils sont souvent imbattables!
Bonne pêche!
P.S. À ne pas manquer, la suite de cet article dans la prochaine édition.
L’auteur avec un superbe omble de fontaine indigène trophée de 28 po et plus de 6 lb, leurré avec un poisson nageur.

